Le Canada, ses castors et ses trappeurs

Qui ne connaît pas le chapeau de Davy Crockett, ou n’est pas fasciné par The Revenant avec Léo Dicaprio ? Des histoires d’hommes des bois, parfois justiciers solitaires, parfois trappeurs, qui participent à la récolte et au commerce des fourrures. Des vies fascinantes, pleine de carrisme, avec comme décor la nature, la vraie! 😉

Dans cet article, je vais aborder un sujet qui peut être sensible pour certains. Pour rappel, l’intitulé de ma formation est « Protection et Exploitation des territoires fauniques ». La protection, c’est assez clair, mais qu’est ce qu’on entend par « exploitation » ?

L’exploitation des territoires fauniques, c’est l’ensemble des activités d’extérieur où des animaux sont prélevés dans la nature (la chasse, la pêche, le piégeage et leurs déclinaisons). Le Québec ne fait pas exception, le changement climatique impacte la biodiversité et tous les usagers de la forêt ne sont pas forcément honnêtes et respectueux (comme PARTOUT dans le monde). Cependant, ici, la majeure partie des gens est sensibilisée à la nature et à son respect. Comparé à la France, la biodiversité animale est bien plus importante et diversifiée, des espèces qui sont rares et protégées chez nous sont abondantes ici et sont parfois même nuisibles, comme le castor du Canada, par exemple.

Ceci introduit bien le début des cours de piégeage, enfin ! 🙂 Toujours avec Sylvain, qui nous a enseigné la chasse, on apprend tout de cette activité, sur laquelle s’est construit ce grand pays.

La suite de cet article n’est pas forcément pour tout le monde puisque je détaille la pratique du piégeage. Je vous laisse continuer ou nous retrouver au prochain article du blog 🙂

Ce qui passionne Sylvain encore plus que la chasse, c’est le piégeage, qu’il pratique chaque année depuis ses 17 ans. Il nous a apporté certaines de ses peaux, et ses propres pièges et équipements pour illustrer ce cours déjà passionnant.

cours piège 1

Sur la photo ci-dessus, une cage à rat musqué, une peau d’ours noir, une boite à martres et plusieurs pièges en X. Ces pièges en X sont certifiés par l’ANIPSC (l’Accord sur les Normes Internationales de Piégeage Sans Cruauté). Il permet une mise à mort instantanée sans souffrance pour respecter au maximum l’animal prélevé.

« Et pourquoi on ne les laisse pas faire leur vie tranquillement ?!! »

La réponse est simple, pour une cohabitation stable entre les espèces, une régulation est parfois nécessaire. Certaines espèces peuvent prendre l’ascendant sur d’autres. Réguler certaines populations de loups s’avère bénéfique pour les cervidés, par exemple. Un rat musqué fait en moyenne 2 portées de 6 à 8 petits par année, et sa capture permet de réaliser des « bilans d’exploitation » qui donne une idée assez précise de l’état des populations (âge moyen, maladie, présence, sexe des spécimen, etc.).

cours piège 2

Les jours suivants, c’est pratique sur le terrain ! La route 155 (plus belle route du Québec que l’on prend pour venir à La Tuque) comporte une voie de contournement au niveau de la ville. On se rend au bord de cette route, où des castors ont décidé de s’installer et de monter leur barrage. Malheureusement pour eux, ce n’est pas une bonne idée, ils coupent les aulnes et jeunes peupliers du bord de route, ce qui fragilise le terrain.

arbre castor lachepaslapatate

Leur plan de travaux est de monter toujours plus haut leur barrage, et avec lui, le niveau de l’eau, qui ne doit bien sûr pas dépasser celui de la route !

piege castor 7

On place les pièges en X à des endroits stratégiques, sur le barrage, en haut des « toboggans », à l’entrée des huttes et dans les chenaux empruntés par les castors, loutres et rats musqués. La capture de ces espèces pour le commerce de la fourrure est autorisé.

Ci-dessous, voici l’exemple d’un autre site où le castor dérange. Sur la photo au premier plan, on voit la hutte des castors, et au fond, le chemin forestier, qui commençait à être submergé avant la pose de quelques pièges. On voit bien les bouchons que les castors créent pour que le niveau de l’eau monte.

Il ne faut pas attendre trop longtemps (2 à 3 jours) pour relever les pièges, même si l’eau froide conserve les prises, certains carnivores pourraient venir les abîmer ou les voler ! On retourne donc au bord de la route 155. Prises du jour : un rat musqué et un jeune castor ! 🙂

Et ensuite ? Attraper des animaux sauvages, c’est une chose, maintenant il faut préparer la fourrure, apprêter la viande, qui peut être consommée ou utilisée comme appât pour les martres et les loups, par exemple.

Les jours suivants, on se retrouve dans le garage de l’école (la place la plus cool de l’établissement !), pour un cours de dépouillage* de castor et de préparation de la fourrure pour le séchage.

* Pendant ce cours, j’apprends que « dépouiller » un animal, c’est lui enlever la peau. Je pensais qu’on parlait de dépeçage, mais non, dépecer, c’est découper en morceaux.

Je vous épargne les photos un peu gore (si certains veulent en voir plus, dites-le moi). On retire la peau minutieusement avec un couteau tranchant, puis on la tend, soit sur une planche avec des clous, soit sur un arceau avec des crochets.

Il faut ensuite finir de bien gratter la graisse, et la peau est prête à sécher avant le tannage. Le trappeur peut vendre ses fourrures sèches sans tannage à des revendeurs spécialisés.

Le commerce de la fourrure est une tradition, au Canada et dans le monde. J’ai longtemps eu une opinion claire sur la fourrure et son utilisation (traumatisme des 101 Dalmatiens, peut-être !).

En réalité, la faune sauvage représente une source renouvelable de nature, et est 100 % écologique, à l’inverse des fourrures synthétiques, qui polluent de la production jusqu’à leur non recyclage.

En plus des bénéfices d’une observation précise des différentes espèces, honorer et sublimer certains de ces animaux est un art qui m’intéresse de plus en en plus ! 🙂

Petit bonus sur le castor ! Saviez-vous que le plus grand barrage de castor au monde est visible par image satellite et à été découvert par hasard grâce à Google Earth dans le plus grand parc national du Canada, le parc national Wood Buffalo ? Il mesure près de 800 mètres de long et le périmètre de l’ensemble du barrage est de près de 2 000 mètres.

La superficie est approximativement de 70 000 mètres carrés et l’étang formé par le barrage a probablement un mètre de profondeur et contient donc à peu près 70 000 mètres cubes d’eau.

Source : Parc Canada

Et pour finir sur une toute autre nouvelle, j’ai validé et obtenu ma carte de secouriste du Québec.

Matachi! (« au revoir » en Attikamek)

2 réflexions sur “Le Canada, ses castors et ses trappeurs”

  1. Aurélien, bravo pour le brevet de secourisme !
    La France entière aimerait savoir si tu as mangé du castor… ?
    Et le rat musqué, il a un petit goût de musc ?
    Tu vas te confectionner une couette en queue de castor comme Davy ? 🙂
    Bon, je te laisse, je vais lire l’article suivant !

    1. Salut Anthony! Merci pour ton message ahah! 😉
      Alors non le castor, je n’ai pas encore goûté mais bientôt, j’en ai bien l’intention! Un peu moins pour le rat musqué ahah mais pourquoi pas, j’imagine que si on laisse les glandes à musc avec la viande, ça peut ajouter un petit goût! 😜
      J’ai justement fait un test de tannage de queue de castor, j’en ferais sûrement un article, et pour Davy, son chapeau c’est plutôt du raton laveur, j’en ai bien une fourrure mais celle-ci est accrochée au mur! ✌️😁

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