Le français du Québec – partie 1

france quebec

Il y a 1 000 choses à dire sur le français du Québec et pour l’amoureuse du français que je suis, vivre ici, c’est l’occasion de décortiquer la langue française, son fonctionnement, nos logiques de France, leurs logiques du Québec… j’adore 🙂

De façon générale, au Québec, il n’y a pas vraiment de règle, tout le monde n’utilise pas forcément les mêmes mots, ni la même intonation, ni tout à fait le même accent. C’est un peu comme si le Québec te disait : parle comme tu veux, du moment qu’on te comprend, c’est correc’ !

Tous les mots en gras dans l’article sont les versions québécoises 🙂

Les formules de politesse

Pour dire bonjour, les gens disent bonjour mais plus souvent encore salut ou allo.

Pour dire au revoir, les gens disent plutôt bye ou bonne journée, voire bonjour.

Merci, c’est merci ici aussi, mais de rien, c’est bienvenue (de « you’re welcome », en anglais) ou ça fait plaisir 😉

Les repas, la nourriture

Au Québec, le matin, on déjeune, le midi, on dîne et le soir, on soupe. Si on vous invite à dîner, il faudra y aller à 12 h (voire avant, car au Québec, on mange tôt !). À titre d’exemple, la pause lunch d’Aurélien est à 11 h 30 environ et à 12 h 20, il reprend les cours.

Ici, on ne parle pas souvent de nourriture, mais plutôt de bouffe.

Faire ses courses se dit faire son épicerie et quand on va chez l’équivalent de l’épicier français, on va au dépanneur (littéralement, celui qui dépanne).

Dans restaurant rapide (fast-food), on va commencer par boire un breuvage, puis on va prendre (par exemple) un sous-marin (un sandwich en forme de « submarine » – en anglais – comme chez Subway) avec des croustilles (chips) et en dessert, on va prendre un gâteau au fromage (« cheesecake » en anglais).

À la fin du repas, ils peuvent parler d’un reçu comme nous, mais ils disent souvent facture. En tout cas, ils ne disent pas ticket car un ticket ici (comme en anglais), c’est une amende.

En plus du prix du repas, on va payer les taxes et le tip, version anglaise utilisée ici pour parler du pourboire.

On peut aussi évoquer le Mcdo, où tout est traduit : ici, pas d’Happy Meal, mais un Joyeux festin, pas de McChicken, mais un MacPoulet, etc.

Les mots du quotidien

Je vais vous lister des mots, et si ça vous intéresse, on pourra prochainement en partager d’autres dans un nouvel article.

Un endroit se dit une place.

Tout à l’heure se dit tantôt, comme dans certains coins en France, d’ailleurs.

Comme ça se dit d’même : Tu sors d’même?

Plus surprenant : ici, on écoute un film, on écoute Netflix, on ne les regarde pas !

En anglais, les heures de la journée sont découpées en AM (avant midi) et en PM (après-midi), donc dès que midi est passé ici, on dit qu’il est X heure du soir. J’ai déjà entendu 3 h du soir pour parler de 15 h.

Parfois Aurélien, au travail, doit vérifier l’âge des gens pour savoir s’ils peuvent acheter dans le magasin ou non. Il doit vérifier s’ils ont en bas de 21 ans ou en haut de 21 ans.

C’est des petites différences, mais mises bout à bout, on se rend compte que nos phrases ne se ressemblent pas du tout et quand les Québécois parlent vite, j’ai parfois du mal à comprendre ce qu’ils me disent, j’avoue 😀

L’autre jour, je promenais Hongi et une dame m’a demandé s’il était malin. Pour moi malin, c’est « Les ptits malins », des ptits ours et lapins mignons. Alors, j’ai répondu « oui », parce que c’est un petit coquin 😀 et elle est partie. Partez-pas, il est gentil… enfin… il est fin comme on dit ici ! Donc si on dit que cette femme n’est pas fine, c’est qu’elle n’est pas gentille.

Et en parlant de chien, on ne dit pas qu’on caresse un animal mais qu’on le flatte. Donc les gens me demandent souvent J’peux-tu l’flatter ?

Quand je m’excuse quand Hongi saute sur les gens, ils sont nombreux à me répondre C’est correc’ (correct devient correc’ car le « t » n’est pas prononcé). C’est correc’, c’est vraiment très très utilisé au Québec. Ça remplace c’est bon, y a pas de souci…

Le vocabulaire de l’habillement change aussi pas mal et on entend des mots qui appartiennent à un français qui date : vos chaussures sont des souliers, votre bonnet est une tuque et votre pull ou gilet est un chandail.

Les mots anglais francisés

Grand débat qui ne prendra certainement jamais fin : qui utilise le plus de mots anglais dans son français ? Les Québécois ou les Français ?

Côté France, on le sait, on en utilise beaucoup depuis des lustres, ce sont presque devenus des mots français : week-end, parking, shopping, brushing, T-shirt, email, job, fast-food, waterproof…

Dans des grandes villes québécoises comme Montréal, la question se pose vraiment, car beaucoup de gens parlent bien anglais et utilisent cette langue régulièrement, parfois même en plein milieu d’une phrase qu’ils avaient commencé en français (c’est génial à écouter, je ne suis pas sûre que je serai capable de faire ça parce que les phrases ne se construisent pas de la même façon dans les deux langues).

À La Tuque, c’est beaucoup moins le cas, mais la plupart des gens préfèrent quand même gun à arme à feu, tire à pneu, tape à scotch (bon, sur celui-ci, en France, on utilise la marque Scotch mais on devrait dire ruban adhésif), Je feel pas bien à Je ne me sens pas bien ou encore C’est ben l’fun à C’est amusant.

Mais comme partout au Québec, on entend aussi beaucoup de mots qui ont été pris à l’anglais puis francisés, alors même (parfois) qu’il existe déjà un mot français pour le dire. Voici quelques exemples :

  • En ce moment, tout le monde parle du party de Noël, la fête organisée par leur entreprise. C’est une « party » en anglais, devenue un (masculin) party, prononcé « partè ».
  • Le week-end, c’est la fin de semaine (littéralement week end, en anglais). Donc là où nous, en France, on souhaite à quelqu’un une « bonne fin de semaine » pour lui parler de son jeudi et son vendredi, un Québécois qui dirait la même chose parlerait du samedi et du dimanhce.
  • On ne planifie pas quelque chose, on le cédule (de « schedule » en anglais).
  • On ne fait pas de shopping, on magasine.
  • On ne va pas au parking mais au parc ou à l’aire de stationnement. Par contre, on ne se gare pas, on se parke 😀
  • Du maquillage waterproof est hydrofuge.
  • Quand vous allez chercher un KFC (oups un PFK – Poulet Frit du Kentucky) au « drive-in », ici, vous allez au service au volant.
  • A l’instar de KFC, les SUVs sont des VUS.
  • Une chanson, un son, ici, ça part du mot « tune » (prononcé « tioune » en anglais) et ça devient une toune.

Alors parfois, ça mène à des expressions cocaces comme :

  • Divulgâcher pour dire « spoiler » : on divulgue la fin du film, ça gâche la surprise donc divulgâcher.
  • Les courriels (e-mails) qui vont dans la poubelle sont des pourriels (spams).
  • Et je pourrai vous parler 3 heures des traductions de titres de films : Film de peur (Scary Movie), Tuer Bill (Kill Bill), Folie de graduation (American Pie), Rapides et dangereux (Fast and furious), Rock n’nonnes (Sister act)…

On tutoie ou on vouvoie ?

Quand on pense au Québec, on se dit que tout le monde tutoie tout le monde. Eh bien non, dans les magasins notamment, j’entends souvent du personnel vouvoyer les clients. C’est ce qui fait qu’encore aujourd’hui, je n’ose pas toujours tutoyer les gens, sauf s’ils me tutoient directement au début de notre échange.

L’exception, c’est le travail : il vaut mieux attendre de voir comment notre patron s’adresse à nous pour nous adapter.

Dans tous les cas, même si quelqu’un préfère le vouvoiement ici, le tutoiement ne sera jamais aussi mal pris que ça peut l’être chez nous, où c’est souvent vu comme un manque de respect.

Qu’on vouvoie ou qu’on tutoie, il y a des « tu » dans beaucoup de phrases au Québec, tout simplement parce que c’est comme ça que beaucoup de gens forment leurs phrases. Les « tu » en gras dans les phrases que je vais vous donner en exemple, n’ont rien à voir avec « toi », c’est juste la forme interrogative :

  • Tu veux-tu une pomme?
  • Il t’a-tu parlé?
  • Il fait-tu froid?

Les faux-amis / les quiproquos

Alors en plus de surprendre, les différences entre le français de France et le français du Québec peuvent mener à des quiproquos 😀

  • Une gomme française, c’est une efface (eraser en anglais).
  • Une gomme québécoise (qui vient de gum en anglais), c’est un chewing gum.
  • Ici, une sucette, c’est un suçon et un suçon, c’est une sucette.
  • Un toutou, c’est un pitou au Québec et un toutou, c’est une peluche pour nous.
  • Attention, ici, les gosses, ce ne sont pas les enfants, ou alors on est dans la métaphore 😀 Ce sont vos bijoux de famille, messieurs. Et quand on dit que quelque chose est gossant, c’est que c’est chiant !
  • C’est écœurant ici, c’est positif ! Ça vous touche le cœur tellement c’est bon ! Mais dans d’autres contextes (plus rares), ça peut aussi être négatif.

Les jurons, les insultes

Presque tous les jurons au Québec sont des mots religieux : câlice, tabernacle (prononcé « tabarnak ») ou encore ostie peuvent être utilisés seuls ou ensemble pour être encore plus vulgaires (par exemple, ostie d’câlice).

Une prochaine fois, je vous parlerai aussi de la prononciation / de l’accent 🙂

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