La chasse à l’ours (suite et fin)

IMPORTANT – Certaines photos ou passages de cet article peuvent heurter votre sensibilité puisqu’il s’agit de contenu de chasse. Vous pouvez lire le début de l’article et, au moment où je vous l’indiquerai, continuer ou arrêter votre lecture.

Dans cet article, je vais parler de ma première expérience de chasse à l’ours, que j’ai réalisée de façon légale et éthique, et qui représente aujourd’hui une des expériences les plus intenses de ma vie. J’ai plaisir à partager avec vous cette tradition que Sylvain m’a transmise au cours de cette année, avec amour et respect de la nature. J’écris avec mon cœur et comme je l’ai vécu. À travers cet article, je vous propose une immersion dans cette pratique si peu commune pour nous les Français.

Ça y est, Julie va enfin pouvoir découvrir le coin de paradis de Sylvain, qui nous invite gentiment tous les deux à passer deux jours avec lui dans son chalet. Julie vous en parlera plus en détails dans un bel article 🙂

Je prévois de tenter une dernière fois ma chance pour la saison de chasse à l’ours, qui se termine dans quelques jours : il me reste deux tentatives, 3 heures mercredi soir et 3 heures jeudi matin, car notre départ est prévu pour vendredi matin. Si un ours est prélevé, il faut prévoir le temps pour l’arranger, c’est à dire pleumer et dépecer l’animal avant le travail de boucherie. Le vrai travail commence après avoir tiré.

Et je veux aussi profiter du temps au chalet avec Sylvain et Julie autrement que dans la cache 🙂

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Le soir de notre arrivée, Julie reste au chalet pour profiter du lieu et je remonte dans la cache avec Sylvain pendant plusieurs heures.

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À notre arrivée sur le site d’affût, comme à chaque fois, Sylvain ajoute des appâts et des senteurs avant d’éloigner le VTT (= quad) et de monter dans la cache avec moi. Tout ces seaux renversés peuvent donner une allure peu naturelle à ce coin de forêt, mais ils servent à placer de la nourriture tout en la rendant inaccessible aux vautours et autres petits mammifères.

On place généralement du bois ou des pierres sur les seaux. Si tout est renversé, on sait en un seul coup d’œil depuis le sentier que des ours sont venus.

Le baril sert également a mettre des appâts mais aussi à estimer la taille de l’ours, ce qui est très délicat à estimer à l’œil nu, même avec de l’expérience.

Photos prises par le piège caméra installé jour et nuit. On voit les dates et heures de chaque photo en bas à droite.

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Pas d’ours ce soir. On retrouve Julie dans la soirée et on se couche assez tôt car le réveil est prévu pour 4 h demain pour moi.

Après une courte nuit, je remonte sur le VTT à environ 4 h 35. Je le laisse au bord du chemin à environ 200 mètres de la cache, et comme les autres fois, je termine à pied avec ma carabine, jusqu’à mon affût.

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Pendant le visionnage des images prises par la caméra, on voit que la nuit a été pleine d’activité. Plusieurs ours sont venus.

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Dont un jeune adulte qui a passé la nuit sur le site d’appâtage.

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A 4 h 45, on le voit tourner la tête et les oreilles dans ma direction (j’arrive seul et à pied, dans ce qu’il reste de l’obscurité du matin, la chasse c’est vivre toutes ces sensations là aussi). Seuls quelques mètres et des fougères nous séparent, cet ours et moi.

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Quand j’arrive à son niveau, le fantôme noir s’est évanoui entre les feuilles sans que je l’ai vu, même si je remarque qu’il y a eu de l’activité (à ce moment-là je n’ai pas encore visionné les images de la caméra donc je ne sais pas qu’un ours vient tout juste de quitter les lieux).

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Je m’installe tranquillement, et à 4 h 55, l’ours réapparaît et se remet à manger. Déjà que la vue d’un ours qui sort de nulle part provoque un sacré frisson et un coup de chaleur, mais l’avoir en joue, le cran de sureté retiré, c’est un niveau au dessus en matière d’adrénaline !

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Je prends la décision de ne pas tirer sur cet ours.

J’écris un texte à chaud, du haut de ma cache, après ce moment intense :

« Au huitième jour de chasse, les pensées fusent en haut de la cache : « ai-je bien fait de laisser passer ce dernier ours ? ». 

C’est là que l’ego et la raison se chicanent. L’ego, car après plus de 60 heures (en tout) immobile et silencieux dans le froid et la pluie et après plus de 400 $ investis dans les permis, appâts et autres, l’ego veut son ours.

La raison, c’est elle qui retient le tir, qui prend le temps d’observer l’animal, son attitude, sa taille et sa position. 

Je pense reconnaître cet ours. Il me semble que c’est le premier que j’ai filmé il y a quelques jours. Un jeune, de moyenne/petite taille, avec le poil des épaules abîmées à force de se frotter contre les arbres pour se débarrasser des mouches noires. Sa taille n’est pas idéale (il est trop jeune) et sa position laisse trop de place à l’erreur, et il faut bien viser, entre l’épaule et la panse, pour espérer atteindre la zone vitale et garantir une mise à mort rapide (et ne pas gâcher de la viande avec la balle). 

Le jeune ours mange, mon cœur bat fort, la sécurité est retirée et pour la première fois de ma vie, j’ai un ours noir dans ma ligne de mire.

Rien d’autre n’existe à cet instant. 

Et puis, au bout de quelques minutes, entre deux bouchées de maïs moulu, l’ours relève la tête et continue son chemin à travers la forêt, comme il est venu, sans aucun bruit de feuilles ni craquement de branche. 

Il disparaît entre les arbres, tandis que les questionnements reviennent : est-ce que j’ai manqué ma chance de prélever mon premier ours, ou est-ce que ma retenue de tir était raisonnable et a évité de blesser inutilement une bête qui en plus ne correspond pas à l’objectif recherché. 

Bien que je débute dans la chasse, j’ai conscience de la responsabilité d’un tir et de la valeur de cette vie que je pourrais prendre en une fraction de seconde.

L’ego crée des remords mais la raison les apaise, donc au final ni remord, ni regret. Chaque minute et chaque rencontre avec des ours m’auront beaucoup appris, ces 60 heures d’affût en forêt représentent pour toujours ma première expérience de chasse à l’ours noir au Québec, et je ne l’oublierai jamais.

C’est un privilège d’être loin de tout, seul ,à observer la forêt et ses habitants, de passer inaperçu au milieu de la vie sauvage. Je me sens à la fois petit et vivant. Je suis reconnaissant et heureux d’avoir vécu tout ça et d’avoir eu le privilège d’observer ces gros mammifères sauvages dans leur habitat. 

Une chasse à l’ours ne dure normalement pas aussi longtemps (souvent, les chasseurs n’attendent que 2 ou 3 heures). Peut-être que la saison est moins bonne (c’est ce que j’ai entendu dire) car la météo qui n’a vraiment pas été idéale. Mais ces différents séjours ici m’auront permis de passer des moments de qualité seul avec moi-même, mais aussi entre amis au chalet, et rien que pour ça je suis gagnant et heureux. »

On me voit sur la caméra, repartir à 8 h du matin et récupérer la carte mémoire pour découvrir ces photos.

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À mon retour au chalet, Julie me prend en photo. À ce moment-là, dans ma tête, la chasse est terminée pour cette saison printemps 2026. Et cela me convient, j’ai le cœur et la tête remplis de beaux souvenirs, et j’aime l’idée d’avoir pris le temps de réfléchir et d’épargner l’ours de ce matin.

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J’aime beaucoup cette réflexion de Sylvain : « Un pêcheur, qui connait l’animal qu’il vise, qui sélectionne son lac/spot de pêche, qui s’équipe, qui se lève tôt le matin, qui tend sa ligne, qui patiente des heures en appâtant correctement les poissons, qui remonte un magnifique poisson de plusieurs livres/kilos et qui prend la décision de ne pas le prélever, mais de le remettre à l’eau et de le laisser aller, a-t-il pêché au final ? »

Oui bien sûr. Et c’est de même pour la chasse. Je suis content du travail accompli et de l’expérience acquise. Pour ma part, j’ai réussi à attirer l’ours là où je voulais, à être présent au bon moment, à faire preuve de patience, à me camoufler visuellement et olfactivement pour me fondre dans la forêt. Et ne pas être détecté par la vie sauvage, pour finalement me retrouver à quelques mètres de ce gros mammifère.

Prélever un ours aurait été la cerise sur le gâteau, mais ce n’est pas indispensable. La chasse, c’est beaucoup plus que « tuer un animal », et ça, je l’ai vraiment compris en vivant cette expérience.

On décide de profiter du temps qu’il nous reste ici et on passe sûrement la plus belle journée de notre année au Québec. De mon côté, la pression de la chasse retombe.

Le temps s’éclaircit miraculeusement : grand ciel bleu, lac miroir, pas de vent, tout est parfait, mais Julie y reviendra plus en détails avec ses belles photos 🙂

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En fin de journée, on décide de remonter, Julie et moi, dans la cache, pour que Julie puisse observer des ours et les prendre en photo. Mais je prends tout de même la carabine, juste au cas où.

On opère exactement de la même manière qu’avec Sylvain : à notre arrivée, Julie monte s’installer dans la cache pendant que je déverse un bidon d’huile de friture usagée (ce n’est pas grand-chose comparé aux fois précédentes). Je frappe sur les chaudières (seaux en québécois) pour « prévenir » les ours. J’éloigne enfin le VTT plus loin sur le chemin, avant de revenir à pied.

Une fois en place (vers 17 h), on prévoit de faire 2 heures d’affût. C’est une découverte pour Julie, et une belle surprise de partager avec elle ce moment si peu ordinaire 😉

Dans l’heure qui suit, seuls les écureuils et l’urubu à tête rouge se montrent. J’ai l’impression qu’on se connaît après toutes ces heures passées icitte avec eux. En tout cas, il connaissent mon odeur et ma présence.

Vers 18 h 30, un bel ours arrive, drette devant nous ! Il est magnifique. Il analyse les odeurs alentours.

Un arbre craque sous l’effet du vent, et l’ours disparaît, dans un silence déconcertant.

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Une tension particulière s’empare de Julie et moi. La simple apparition d’un ours noir dans cette épaisseur de vert provoque un shot d’adrénaline fou. Pour moi, le fait que Julie partage un moment d’affût avec moi, écoute la forêt avec moi comme j’aime le faire, et vive le frisson de voir le fantôme noir des forêts dans son habitat, c’est un instant magique, une belle conclusion pour ce séjour de chasse.

Il est maintenant 18 h 40. On s’est fixé 19 h comme heure pour aller retrouver Sylvain.

Et là, coup de théâtre ! Un ours (très possiblement le même que 10 minutes avant) apparaît de la même façon, face à nous. Cette fois-ci, il s’en vient directement sur le baril couvert d’huile de friture et se met à le lécher.

Il se hisse dessus. Il est beau. Je suis concentré.

Le cran de sûreté de ma carabine est retiré pour la seconde fois de ma vie ET de la journée (pas mal pour un dernier jour !). Je commence à trembler légèrement, tout en observant cet ours au travers de la lunette de visée. Julie retient son souffle en filmant la scène. À ce moment, il n’y a pas de doute, aucun ourson n’accompagne cet ours.

Dans la concentration, l’ours devant nous n’apparaît pas comme un animal mignon qu’on a envie de flatter (= caresser), c’est un animal sauvage, un gros gibier, qu’on va prélever pour sa viande.

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Après quelques secondes, l’ours descend, se présente de côté et reste dans cette position, ce qui me permet de tirer en étant sûr et certain d’atteindre la zone vitale, pour une mise à mort rapide.

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L’angle est bon, l’ours est immobile, je murmure à Julie mon intention d’y aller, de « prendre la shot », comme on dit ici. Le coup part, en plein milieu de la zone vitale (cœur et poumons). L’ours part à travers les fougères et les sapins.

C’est terminé, pas de retour en arrière possible.

Maintenant, il faut attendre, laisser le temps à l’animal de pousser son dernier souffle. Peu de temps après, on entend le râle, que poussent les ours à leur mort et que tout chasseur espère entendre rapidement.

On y est, à la conclusion de ces presque 60 heures d’affût cumulées. L’adrénaline n’a jamais été aussi forte, je fonds en larmes, dans les bras de ma Julie. On est tous les deux bouleversés par l’instant qu’on vient de vivre. C’est un sentiment aussi puissant que partagé (entre joie et peine).

De peine, car bien sûr, donner la mort à un animal, ce n’est pas amusant. C’est un geste lourd de sens qui implique une grande responsabilité envers cet animal. J’ai conscience de la vie que je viens de prendre, je dois maintenant assumer tout le travail que cela implique pour honorer mon gibier.

Mais aussi forcément de joie, car avant d’en arriver là, j’en ai parcouru du chemin.

Avant de venir au Québec me former à la protection et l’exploitation des territoires fauniques, je n’avais jamais chassé. Depuis, j’ai étudié l’ours noir et son habitat, j’ai appris les bonnes pratiques de chasse en classe avec Sylvain, j’ai appris les lois et règlementations avec Isabelle, j’ai validé des compétences en armes à feu avec Eric.

Ensuite, j’ai acheté mes différents permis (de port d’arme, de chasse à l’ours, de chasse dans la ZEC Borgia) et différents appâts. Et puis, j’ai patienté de nombreuses heures en fixant la forêt avec des nuits d’à peine 3-4 heures. C’est beaucoup de temps investi, que j’ai passé loin de Julie et de Hongi, avec des moments d’espoir et des moments de doutes.

C’est toutes ces choses qui font qu’au moment où je prends la décision de tirer, je suis submergé par ce qu’on est en train de vivre, d’autant que tout se passe « bien » (j’ai touché l’ours du premier coup dans sa zone vitale, je ne l’ai pas simplement blessé, ce qui serait terrible puisqu’il devrait continuer vivre avec une blessure).

Cette émotion, c’est pour Sylvain un aspect de la chasse très important, presque central, qu’il n’a pas manqué de nous transmettre avec sincérité lors de ses cours de chasse. Il a semé une graine de curiosité dans mon esprit. Maintenant je comprends la connexion à la nature que les chasseurs ressentent et recherchent dans ces moments. Je le remercie vraiment du fond du cœur, car il s’est énormément investi dans le seul but de nous offrir ces moments, juste par plaisir du partage, et ça mérite d’être souligné 🙂

Je suis plus que reconnaissant d’avoir pu vivre ce moment, et en plus avec Julie, ce qui n’était absolument pas prévu.

IMPORTANT – Des photos explicites (ours mort et dépeçage) sont partagées plus bas, pour montrer les étapes suivantes aux personnes qui souhaitent en savoir plus.

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Après toutes ces émotions, il faut maintenant agir. On descend de la cache jusqu’à la zone d’impact pour repérer les éventuelles traces de sang et constater avec précision dans quelle direction l’ours est parti.

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Je ramène Julie au chalet, pour revenir chercher mon ours avec Sylvain. On marche jusqu’au VTT puis on part jusqu’au camp, où Sylvain nous attend. Il a entendu un coup de feu et en voyant nos sourires à notre arrivée, il comprend que oui, j’ai réussi. On lance nos casquettes dans les airs dans l’exultation 🙂
Je gare le VTT puis tombe dans ses bras, lui qui a rendu tout ça possible et qui s’est donné tant de misère pour nous dans cette chasse !

On repart tous les deux à toute allure jusqu’à la cache. J’explique la scène à Sylvain avec précision, comme pour une reconstitution lors d’une enquête. On remonte la piste. Le terrain est en pente descendante, avec beaucoup de jeunes arbres et de végétation basse, et là, en contrebas dans les fougères, le voilà, mon premier ours. C’est un moment totalement irréel.

Je vérifie qu’il est mort, je pose ma carabine et mes genoux à terre. Je prends un moment pour me recueillir, pour remercier la nature pour ce prélèvement et pour remercier l’ours pour sa viande et pour sa fourrure qui sera rendue presque éternelle grâce au tannage. C’est les yeux encore humides, les mains tremblantes et le cœur chamboulé que je prends cette photo, qui, il y a un an, m’aurait sans doute mis mal à l’aise mais qui aujourd’hui, représente un des moments les plus forts de ma vie.

Après avoir chargé l’ours dans la remorque, on repart jusqu’au camp. Julie est soulagée de nous voir revenir peu de temps après notre départ, les recherches de gibier peuvent parfois être très longues et difficiles une fois que la nuit tombe.

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On hisse le gibier pour le peser et l’éviscérer afin que l’ensemble refroidisse correctement pendant la nuit, avant le dépeçage.

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C’est un ours qui correspond bien à mes objectifs, un mâle subadulte, d’environ 3 ans et avec une magnifique fourrure. Il pèse 110 livres, soit environ 50 kg.

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Le lendemain, c’est le jour de notre départ, il faut donc se mettre au travail rapidement. Réveil à 5 h, on prend le temps d’une photo puis on s’installe sous une tente moustiquaire que Sylvain a prévue pour nous. C’est appréciable, d’autant que la pluie est revenue. Il m’est d’une très grande aide pour pleumer l’ours (retirer sa peau) et la stocker avec précaution en attendant de l’apporter dans une tannerie.

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À ce moment-là, l’animal devient nourriture, qu’il faut stocker et préparer avec soin pour pouvoir la consommer et ne surtout pas gâcher le moindre morceau. On le découpe en quartier pour faciliter le transport en glacière jusqu’à chez nous en ville. Je m’occupe du travail de venaison (boucherie) moi-même, un long travail que je découvre sur le tas. J’ai tout de même un peu la pression car je veux être sûr de bien faire.

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Sur mon permis de chasse, se trouve un « coupon de transport » à apposer sur l’animal dès l’abattage et à laisser sur la fourrure pour en garantir sa provenance et sa traçabilité. Dans les 48 heures, je vais devoir déclarer au gouvernement mon gibier et ses caractéristiques.

La fourrure est ensuite mise en sac puis congelée en attendant le tannage. Je conserve aussi le crâne, qui va être nettoyé et blanchi par un taxidermiste.

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Le temps de prendre un dernier café avec Sylvain et sa conjointe (Julie également ^^) et on reprend le chemin forestier pour rejoindre la route, récupérer le chien à la garderie et faire de la place dans le frigo.

Pas le temps d’arranger toute cette viande aujourd’hui que je repars déjà à 2 h 30 de route plus au sud pour un stage de deux jours (auquel je me suis inscrit il y a plusieurs semaines) qui a pour thème : « Armes, pièges et mouvement« . Je vais le suivre avec les Primitifs, avec qui j’ai suivi mon stage de tannage ancestral il y a 2 mois. J’y reviendrai dans un article dédié 😉

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Après ce week-end encore riche en apprentissages et en nouvelles connaissances, je rentre à La Tuque, à peine remis des émotions de la semaine passée. Le temps est compté car la viande ne se conservera que quelques jours au frigo. Il faut l’arranger avant de la congeler, c’est-à-dire la désosser, retirer le gras et les tendons, et le plus long, séparer chaque muscle pour en retirer la membrane qui l’entoure (qui, si je ne l’enlève pas, se rétractera à la cuisson et rendra la viande plus dure).

La viande d’ours est particulièrement bonne et savoureuse, légère pour une viande de gibier, et comme le répète souvent Sylvain, « la viande d’ours, ça goute le ciel ! ». Et on vous confirme que c’est vrai 🙂

À gauche, les filets mignons (EXCELLENTS) et à droite, des morceaux à ragoût ou à fondue.

À gauche, du filet d’ours, et à droite, un petit « avant/après » d’un des morceaux de patte.

De 16 h à 22 h environ, je m’affaire à désosser et parer chaque pièce de viande, puis à les emballer minutieusement. C’est au travers de ce long travail que je rends honneur à mon gibier, à la vie que j’ai prise. Je suis à la fois très fatigué et très fier. J’ai fait de mon mieux pour valoriser chaque morceau de viande. Cet ours va nourrir et régaler différentes personnes pendant plusieurs repas (on a donné de la viande à nos voisins qui aiment beaucoup l’ours et qui n’ont pas eu l’occasion d’en manger depuis un moment parce que leur état de santé ne leur permet plus d’aller chasser, et on prévoit de faire un bon repas à Quentin quand il viendra nous voir bientôt).

J’espère qu’au travers de cette expérience qu’on a vécue et de mes écrits, j’aurais réussi à vous montrer la chasse avec un autre regard et que mon « reportage » vous aura intéressé. En voyageant, en découvre des pratiques et des coutumes bien éloignées de ce que l’on connaît chez nous, et j’ai le sentiment d’avoir réussi à m’adapter et à vivre cette aventure québécoise de la meilleure des façons, À FOND !!! 🙂

Pour clore ce long article qui me tient particulièrement à cœur, voici quelques photos des différentes façons dont on a (pour le moment) pu apprécier cette savoureuse viande, qui doit impérativement être bien cuite pour éviter tout risque de parasite. Malgré cette cuisson à point, c’est une viande qui reste très tendre.

Cheeseburger d’ours noir :

Filets mignons d’ours :

Ragoût d’ours aux poivrons :

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1 réflexion sur “La chasse à l’ours (suite et fin)”

  1. Sylvain trudel

    J’ai lu ton récit d’aventure avec une grande attention, en tant qu’enseignant et mentor, je suis vraiment fier de ton parcours rempli de repect et d’empathie pour l’animal.
    Tu as su réaliser tes rêves et cela est tout en ton honneur Aurelien.
    As quoi bon rêver si nous ne pouvons pas réaliser nos rêves??
    Encore une fois Aurelien tu me prouve qu’enseigner est un privilège.
    Bonne continuation et dorénavant tu seras à ton tour un exemple de chasseur respectueux.
    Je te souhaite que de belles rencontres en forêt. Rappelle toi les sapins rouge et ton totem sur le lac.

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