Sylvain, qu’on ne vous présente plus, nous propose d’aller passer 2 nuits dans son chalet. Aurélien l’a déjà fait avec Cyprien, lorsqu’ils sont allés à la chasse à l’ours.
Il n’était pas prévu que j’y aille, moi, à la base. Mais Sylvain souhaite offrir une ultime chance à Aurélien d’attraper un ours, alors cette fois-ci, il lui propose de venir avec moi pour que je puisse aussi découvrir son petit coin de paradis 🙂
Aurélien vous a parlé de son expérience de chasse. Moi, je vais vous parler de cette escapade, de mon point de vue.
On part à une vingtaine de minutes de chez nous, dans la Zec Borgia.

Et pour rejoindre le chalet de Sylvain, on doit ensuite faire environ 50 minutes sur une route de forêt. On ne peut pas rouler trop vite parce qu’il y a des trous et des roches sur le chemin et parce qu’il peut y avoir des obstacles imprévus, comme cet arbre tombé sur la route.

Après 50 minutes, on arrive au quad que Sylvain a mis (gentiment) à notre disposition pour qu’on puisse rejoindre son chalet en quelques minutes (ce n’est pas praticable en voiture).

On met nos affaires dans la remorque et je jette des petits coups d’œil autour de moi. Je sais qu’ici, il y a des ours et je sais surtout, avec ce qu’Aurélien m’a expliqué, qu’un ours, ça apparaît sans faire UN BRUIT donc je reste vigilante 😀

Et c’est parti !

On arrive au chalet.

C’est chaleureux et confortable.

Le chalet a des panneaux solaires, qui permettent à Sylvain d’avoir de l’électricité pour alimenter entre autres ses lampes, son frigo et son congélateur.

Voici nos lits des prochaines nuits.

À quelques pas du chalet, Sylvain a installé une douche et des toilettes, mais il a aussi, dans le chalet, des toilettes chimiques pour ceux qui préfèrent 🙂


Aurélien vous l’a expliqué dans son article, il part avec Sylvain peu de temps après notre arrivée pour aller tenter de chasser un ours.

Alors je reste seule environ 3-4 heures, bien heureuse de pouvoir prendre le temps de faire des photos et d’écouter le silence qui m’entoure.


Je m’installe sur la galerie (= terrasse) avec face à moi un magnifique lac qui va changer de couleurs au fil des prochaines heures.


J’observe plusieurs colibris qui viennent siroter dans l’abreuvoir installé là par Sylvain.

J’observe un merle d’Amérique déterrer des vers et se régaler 🙂

C’est ensuite à la brume de s’inviter. C’est trop beau.


On passe du rose au bleu…

… puis la nuit tombe.

Le lendemain matin, Aurélien se lève aux aurores pour retourner à la chasse. Quand il rentre (sans ours, il vous a expliqué pourquoi), Sylvain nous propose d’aller faire un tour de chaloupe.
On enfile nos flottes (= gilets de sauvetage) et on part pour une bonne heure sur l’eau.

Le lac est si calme qu’il joue les miroirs.


On aperçoit quelques huttes de castors…

… un rocher en forme d’ours, que Sylvain décide de nommer « le rocher d’Aurélien »…

… une pygargue à tête blanche…

… et de temps en temps un arbre rouge, qui peut indiquer la présence d’ours.
Les ours mâles grattent / épluchent des arbres pour marquer leur territoire. En faisant ça, ils les abîment au point de les tuer et les arbres deviennent rouges.



On voit toutes les teintes de vert imaginables, c’est très beau.

Une fois rentrés au chalet, Aurélien donne un coup de main à Sylvain en finissant d’écorcer les poteaux qui soutiennent son canot.

Ils le descendent ensuite pour le mettre à l’eau…

… et Aurélien va faire un tour avec…

… pendant que je teste le mix de vélo et de paddle de Julie, la conjointe de Sylvain.


Après toutes ces activités aquatiques, on mange…

… et même si la journée est loin d’être terminée, on se dit que ce sera sans doute celle dont on se souviendra le plus au Québec, tellement on fait de choses 🙂
Sylvain nous propose ensuite de partir en quad explorer un peu la forêt.
Aurélien grimpe dans la remorque et on y va !


On marche à travers la forêt et je garde en tête à chaque instant qu’il y a peut-être des ours autour de nous 😀


On arrive à une chute d’eau abondante grâce aux pluies qu’on a eues récemment.
Sylvain nous montre des arbres, des plantes, il nous explique des choses, c’est cool 🙂
De retour au chalet, on se pose tranquillement avec un petit café.


On discute de tout et de rien.

On observe le comportement de certains oiseaux.

Et puis hier, on a convenu que si Aurélien ne parvenait pas à chasser ce matin, on y retournerait une dernière fois tous les deux, pour que je puisse (peut-être) observer et prendre des photos des ours.
Alors vers 16 h 30, on décide de partir pendant environ 2 heures dans la cache.
Aurélien prend sa carabine. Pour le cas où il pourrait chasser. Et pour assurer notre sécurité en cas d’attaque d’ours (c’est peu probable) pendant les 300 mètres qu’on a à parcourir à pied entre le quad et la cache.
Dans son article, Aurélien vous a parlé de son expérience de chasse et de ses ressentis. Je propose de vous parler de cette même expérience, mais de mon point de vue, à moi qui n’ai jamais chassé et qui ne prévois pas de le faire. À moi qui ai dans un premier temps trouvé l’idée de la chasse à l’ours un peu particulière mais qui ai passé des mois à parler avec Aurélien, de la chasse, du piégeage… Et enfin, à moi qui connais très bien Aurélien, sa personnalité et ses valeurs 😌
Vivre à La Tuque, et y suivre (ou avoir un conjoint qui y suit) une formation qui inclut de la chasse, de la pêche et du piégeage, c’est forcément être exposé à des activités, des pratiques et des passions différentes de ce à quoi on est habitués chez nous. Début novembre, par exemple, j’ai vu pour la première fois des têtes d’orignaux exposées à l’arrière des pick up de monsieur et madame tout le monde, à l’occasion du Festival de la chasse de La Tuque.
Le curseur de notre sensibilité et de notre perception a évolué au fil des mois, au fil des cours, au fil des discussions avec les uns et les autres. C’est avec ce « bagage » que je pars pour cette observation des ours, qui pourrait se transformer – j’en ai bien conscience – en session de chasse.
Quand on gare le quad et qu’on se met à marcher pour rejoindre la cache, on est tout de suite immergés dans le silence de la forêt, un silence sourd parsemé de chants d’oiseaux. On est immédiatement dans l’ambiance.
Ce n’est pas comme tout à l’heure quand on était en forêt avec Sylvain à discuter et rigoler.
Là, on ne parle pas. Ou, si on le fait, on chuchote. L’opération « se faire oublier » commence.

Je monte dans la cache pendant qu’Aurélien va répandre de l’huile de cuisson sur le site d’appâtage. Je pose mon sac au sol, je sors mon appareil photo. Mon objectif est de m’installer de façon à ne plus avoir à bouger pour ne pas risquer de faire de bruit parasite.

Aurélien apparaît dans la cache, il a fait vite, il me surprend.
Je sens que mon cœur bat un peu plus vite que d’habitude. L’atmosphère qui est en train de s’installer est inédite pour moi.

Pendant environ 1 heure, on ne voit qu’un tamia, un écureuil et urubu.

On ne parle quasiment pas et quand on le fait, c’est toujours en chuchotant.
On en profite surtout pour observer chaque recoin de la forêt qui nous entoure.
On se trouve en plein milieu de la forêt québécoise, sans vie humaine aux alentours, à part Sylvain qui nous attend sagement dans son chalet. C’est une expérience assez particulière.
Lors d’un de ses affûts, Aurélien a vu un ours arriver à l’arrière de la cache, donc je regarde de temps en temps à gauche, à droite, devant et derrière. Même si c’est peu probable, je pense au scénario où un ours déciderait de nous rejoindre dans la cache. Non merci 😀

Au bout d’un moment, une masse noire apparaît à une cinquantaine de mètres de nous. Aurélien me fait un petit signe. Je lui chuchote « j’ai vu », la voix un peu fébrile. J’ai un pic d’adrénaline.
J’ai eu beau voir des ours dans l’ouest canadien, ça n’avait rien à voir. C’était depuis ma voiture et surtout, c’était il y a 9 ans.
D’être là, face à cet ours qui va dans notre direction, dans son environnement, ouah, c’est intense.

Il est surpris par un arbre qui craque près de nous et s’en va. Fffff, je souffle. Je « redescends ».
Je pense forcément à Aurélien, à ses presque 60 heures d’affût (c’est long), à tous ses efforts d’appâtage et je me prends à espérer qu’un ours arrive pour qu’il puisse aller au bout de cette chasse qui lui a déjà tant apporté, même sans lui donner d’ours.
Je sais que s’il est chassé, cet ours sera mangé. C’est un des aspects de la chasse auquel j’ai le plus réfléchi.
En France, comme ici, on achète du poulet, du porc, du bœuf, du poisson aussi. Des poissons, des poulets, des vaches et des cochons sont morts pour qu’on puisse manger dans notre vie, puisqu’on n’est pas végétariens.
Un ours mort, c’est aussi de la viande dans l’assiette. C’est autant de courses qu’on ne fera pas au rayon boucherie. Cet ours, s’il est chassé, prendra la place des animaux qu’on aurait mangés.
Bien sûr, le fait que ce soit un ours, c’est particulier de prime abord. Mais je n’ai jamais trop compris pourquoi une vache ou un cochon vaudrait moins qu’un cheval ou un lapin donc j’essaie d’être cohérente aujourd’hui. Oui, un ours c’est mignon, mais une vache et un cochon aussi en réalité. C’est surtout une histoire d’habitude, c’est culturel.
Chez nous, une vache et un cochon, c’est pour beaucoup assez banal (à voir et à manger). Ici, à La Tuque, voir, chasser et manger l’ours, c’est tout aussi commun.
Moi, ce qui m’intéresse surtout, c’est de connaître le ratio d’ours chassés par rapport au nombre d’ours vivant dans la région.
En 2025, dans la province du Québec, environ 20 000 permis de chasse à l’ours noir ont été vendus mais environ 6 000 ours ont été prélevés. Le Québec indique sur son site ceci : « l’ours noir se porte bien au Québec, et sa population a connu une croissance depuis la mise en place du premier plan de gestion en 1998. Aujourd’hui, la population d’ours noir est estimée entre 70 000 et 75 000 individus ».
Ces données me rassurent.
Une quinzaine de minutes plus tard, une autre masse noire apparaît plus ou moins au même endroit (c’est peut-être le même ours).
On ne bouge pas, on ne dit rien. On le laisse approcher du site d’appâtage pour qu’il commence à manger et qu’il soit moins attentif à ce qui l’entoure.
Aurélien se met en position et retire le cran de sécurité de son arme.

Je ne veux pas risquer de faire du bruit, donc je lance une vidéo, je zoome sur l’ours et je ne bouge plus.
Mon cœur bat fort, je sais que c’est maintenant. Et je sais qu’Aurélien aussi se dit que c’est maintenant.
J’ai une montée d’adrénaline. Pour moi et pour lui.
L’ours se tient debout…

… puis se remet à quatre pattes et se positionne sur le côté.
Je sais que cette position est idéale pour que le chasseur vise à coup sûr dans la zone vitale de l’ours.
Il se passe sans doute quelques secondes seulement mais ma perception du temps est étirée. Je sais qu’Aurélien va tirer. Je m’attends à ce que le coup parte d’une seconde à l’autre.
Pour ne pas que je sois surprise, Aurélien me chuchote « je vais y aller ». Je lui murmure « OK ».
Il tire.
L’ours s’enfuit. Des branches craquent sous ses pas.
Puis le silence.
On se regarde sans rien se dire. Je reprends ma respiration.
Je pense que je n’ai jamais rien vécu d’aussi intense. Mon corps, ma tête, tout est chamboulé.
Avec Aurélien, on se murmure nos premiers ressentis mais on a bien en tête que maintenant, il faut entendre le râle de l’ours. Si on ne l’entend pas, c’est qu’il n’est pas mort mais simplement blessé, ce qui serait terrible. C’est tout ce qu’on ne veut pas.
Peu de temps après, sur quelques secondes, on entend un premier râle, un deuxième, un troisième, puis un dernier, plus léger. L’ours est mort.
Ce n’est que là que toute la tension retombe. On se prend dans les bras, heureux d’avoir vécu une expérience aussi forte ensemble.
Si on m’avait dit il y a quelques jours que je ressentirais ça, je n’y aurais pas forcément cru. J’ai plusieurs fois dit à Aurélien que je lui souhaitais d’y parvenir puisque c’est ce qu’il souhaitait mais que s’il ne prélevait pas d’ours, ça m’irait très bien.
Je ne peux pas exactement vous dire pourquoi cet épisode a été aussi intense car je ne me réjouis pas de la mort d’un ours. Ce n’est pas ça. Je pense que ce que j’ai ressenti juste avant le tir et ce que je ressens là, juste après, c’est avant tout par procuration. Pour Aurélien. Il s’est tellement investi.
Et puis, d’avoir écouté Aurélien et Sylvain parler de la chasse de la façon dont ils le font, ça m’a fait découvrir plus encore leur façon de penser et leur approche, sans soif de sang ; avec le souhait de tuer l’animal le plus rapidement possible en ciblant sa zone vitale ; et sans l’envie de vider la forêt de tout son gibier. Bien au contraire !
Sylvain n’a pas cherché à chasser l’ours, il a laissé sa place à Aurélien et Cyprien. Et chaque année, il piège le minimum obligatoire de proies sur son immense territoire, pour avoir le droit de le garder.
Je suis heureuse d’avoir eu la chance de découvrir tout ça en vivant au Québec. Pour autant, de mon côté, ça ne change rien : je ne pense pas chasser dans ma vie 🙂
Je vous passe les détails de la fin de journée (aller chercher l’ours dans la forêt, le ramener au chalet pour le vider de ses entrailles, Aurélien a tout expliqué dans son article si vous souhaitez en voir et en apprendre plus).
À la tombée de la nuit, le paysage prend des teintes bleues magnifiques.

On va se coucher après cette journée forte en émotions.
Le lendemain, il est temps pour nous de dire au revoir à Sylvain et à son joli chalet.
Je prends une toute dernière photo, qui sera – je ne le sais pas encore – en quelque sorte prémonitoire.

On ne pensait pas revenir ici mais une dizaine de jours plus tard, Sylvain nous propose de revenir le voir pendant une journée.
Bien sûr, on dit oui 🙂
Il fait beau et chaud aujourd’hui encore, alors il nous propose d’aller de l’autre côté du lac, pour se poser sur des chaises et admirer la vue.
On reste là une petite heure, c’est tellement agréable.


Puis on part refaire un tour de chaloupe. Sylvain aimerait beaucoup pour nous qu’on puisse voir d’autres animaux, par exemple un orignal. On longe le bord du lac les yeux grands ouverts, mais ce ne sera pas pour cette fois-ci.
Ce n’est pas grave, c’est quand même toujours un plaisir de faire un tour de bateau 🙂

Aurélien, il y a environ 2 ans, en France, a sculpté un ours, qu’il a décidé d’emporter avec lui au Québec.
Avec cette belle relation qu’il a créée avec Sylvain, et leur lien en commun avec les ours, il paraît évident à Aurélien qu’il doit lui offrir son ours.
Sylvain est très touché par cette attention si personnelle et s’empresse de l’installer sur la fenêtre de sa cuisine.

On décide de souper ensemble avant de reprendre la route. On a pris de l’ours, bien sûr, pour que Sylvain puisse y goûter 🙂

On profite une dernière fois de la vue…

Et là, on entend Sylvain dire « un orignal !! ».
Exactement là où on se trouvait plus tôt dans la journée (avec nos chaises) et exactement là où se trouve le troisième orignal sur la photo « prémonitoire », un orignal marche lentement.
On est à plus de 300 mètres de lui donc on sort les jumelles et mon appareil photo pour le mieux le voir.
Il ne paraît pas si grand d’où on est mais peut-être qu’il fait 1,80 de haut et 3 mètres de long. C’est énorme un orignal.

La caméra de Sylvain permet de le voir de plus près :



Quelle belle rencontre pour conclure notre passage ici…
Sylvain, si tu me lis, merci pour tout 🙂
Quelle aventure Merci Julie
Merci Julie pour ce beau documentaire c est comme si nous étions sur place c est joliment interprété bonne fin de séjour à bientôt le plaisir de vous revoir bisous à vous deux
C’est si bien raconté et les images tellement belles ! Merci pour ce partage 😘
Merci pour vos commentaires, qui me font très plaisir 🙂